Récits Privés : La volte-face éblouie d’Éva Magyarósi

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Peintre, dessinatrice, narratrice, Eva Magyarosi (Hongrie, 1983) est une magicienne de l’animation. Ses dessins animés, au style balançant entre onirisme et réalisme, mettent en scène un univers devenu rare dans l’art contemporain, celui de la vie intérieure. La part secrète, l’intimité discrète de cette femme trentenaire vivant non loin de Budapest, sont le ferment d’une existence intense. La vie, somme d’actions, est plus encore un récit, récit du quotidien, récit des sensations, récit de l’amour et de ses variations, récits des peurs qui balisent à répétition tout sentiment de bonheur et de plénitude, récits, encore, des jeux croisés du narcissisme et de la cruauté ravageuse, celle que l’on attise contre soi-même.

Où les réseaux sociaux ont périmé l’intime et mis en avant, de façon conventionnelle et normative, l’extimité, cette exposition par tout un chacun de sa vie privée, les créations d’Eva Magyarosi recentrent l’individu sur lui-même et pour lui-même d’abord. Qui suis-je ? Qui est ce moi qui est moi ? Riche d’une extraordinaire floraison de moments secrets, d’aveux murmurés, d’obsessions diversement saintes ou perverses, de figures de ses proches ou tout aussi bien imaginaires, l’univers plastique d’Eva Magyarosi cultive un goût travaillé pour l’émerveillement. La vie est là, ma vie privée, le conte vrai qu’en extrait l’artiste est la célébration d’un quotidien vécu à fleur de sentiment, dans la peau d’un corps toujours profond, puits prodigue de sensations et d’émotions.

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Multimedia artist Eva Magyarosi (Hungary, 1983) is a creator of magical animated videos whose experimental body of work also includes painting, drawing and story-telling. Lying between realism and dream world, her videos depict a universe that has become rare in contemporary art: the inner life. The secret part and the discreet intimacy of this thirty-seven-year-old artist living near Budapest is the ferment of an intense existence. Notions of hiddenness and secrecy, of discretion and intimacy become in her work fertile ground for an intense existence. Everyday life and the multiple actions of which it is made are transformed into narratives about existence, about sensations, about love and its variations, about the fears that repeatedly mar our feelings of happiness and fulfillment, and at times about the complex, self-destructive games of narcissism and devastating cruelty we play.

In spaces in which social networks have erased intimacy and, in a conventional, normative way, drawn attention to extimacy, Eva Magyarosi’s work returns focus to individual, private narratives. Who am I? Who is this “self” who is “myself”? She cultivates an elaborate taste for wonder articulated around secret moments, confessed murmurs, obsessions holy or perverse, family members real or imagined. In the artist’s hands, life, our private life, our daily life, is both a fairytale and a true story, a celebration of life lived on the edge, lived from inside the skin of a body that becomes an ever-deepening well of sensations and emotions.

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Éva Magyarósi (Veszprém, 1981) est une artiste multimédia basée à Budapest qui crée des sculptures, des photographies, des dessins, des nouvelles et des vidéos. L’art vidéo est certainement son médium le plus remarquable car il combine toute sa palette de techniques de production. Ses œuvres peuvent être vues comme des récits privés, suspendus entre onirisme et réalisme. Magyarósi est diplômée du département d’animation de l’Université d’Art-Design de Moholy-Nagy (2000-2005) et a été honoré en 2018 par le grand prix hongrois UniCredit. Elle a également représenté la Hongrie à la Biennale de Kochi-Muzaris en 2018. Ses expositions personnelles majeures sont Swindles Also Dream, musée Ferenczy, Szentendre (2018); Invisible Drawings, Kunsthalle, Budapest (2012); Cruel Games for Girls, Galerie Erika Deak, Budapest (2009). Les œuvres de Magyarósi figurent également dans d’importantes collections publiques et privées, notamment celles du MONA (Australie) et du Château du Rivau (France).

Éva Magyarósi (Veszprém, 1981) is a Budapest-based multimedia artist who created sculptures, photographs, drawings, short stories, and video art. The latter is her most noteworthy medium, fusing her wide arsenal of production techniques. Her artworks can be seen as visual diaries blending fictitious concepts with her personal life and stories. Magyarósi majored in Theoretical Studies in the Department of Animation at the Moholy-Nagy University of Art-Design (2000-05) and was honored in 2018 by the major Hungarian UniCredit award. She also represented Hungary at the Kochi-Muzaris Biennial in 2018. Her solo exhibitions include Swindles also dream, Ferenczy Museum, Szentendre (2018); Invisible drawings, Kunsthalle, Budapest (2012); Game for cruel girls, Erika Deak Gallery, Budapest (2009). Magyarósi’s work are in important public and private collections such as MONA (Australia) and Château du Rivau (France).


 

Barbara Polla et Paul Ardenne permettent à la jeune surdouée hongroise du dessin Éva Magyarósi d’être, enfin, présentée à Paris. Un critique hors norme, et deux femmes d’exception qui se rencontrent. De quoi susciter la curiosité. La Diagonale de l’art a voulu comprendre les secrets de cette nouvelle alliance.

La passion de Barbara Polla femme médecin, écrivaine, mère, curatrice, ex-conseillère nationale libérale Suisse semble évidente lorsqu’on découvre le caractère de profusion hybride dont témoigne l’œuvre de la jeune artiste hongroise ! En regardant la vidéo de l’artiste projetée dans première salle d’exposition de la galerie 24 Beaubourg, nous demandons à la galeriste d’en expliquer sa genèse.

Barbara Polla : « Il y a 42 dessins qu’elle a fait pour préparer l’animation que l’on peut voir dans la première salle. Et ce sont tous des dessins qui datent de la fin 2018, début 2019. »

Le sentiment d’étrangeté mêlé à une douce cruauté est immédiat.

« Il y a toujours une dualité dans les dessins d’une part maudite, et un souffle de douceur. Ainsi ce qu’Éva Magyarósi dit des mains, est très beau. Les mains sont à la fois la caresse angélique, mais également la plaie, le coup, la violence ! »

Effectivement, une violence sourde est manifeste dans l’œuvre de l’artiste hongroise. « Mais elle est sublimée », ajoute aussitôt Barbara Polla.

« En Hongrie où elle enseigne elle est la star de l’animation – mais hélas, on ne la connait peu en France, à part le Château du Rivau en France où elle a fait une résidence récemment.«

De fait, Éva Magyarósi (Veszprém, 1981) est une artiste multimédia basée à Budapest. Elle crée des sculptures, des photographies, des dessins, des nouvelles et des vidéos. L’art vidéo est certainement son médium le plus remarquable car il combine toute sa palette de techniques de production. Ses œuvres peuvent être vues comme des récits privés, selon l’expression de Paul Ardenne qui assure le commissariat de l’exposition en partenariat avec Barbara Polla, des narrations intimes suspendus entre onirisme et réalisme. Elle est diplômée du département d’animation de l’Université d’Art-Design de Moholy-Nagy et a été honoré en 2018 par le grand prix hongrois UniCredit. Elle a également représenté la Hongrie à la Biennale de Kochi-Muzaris en 2018. Ses expositions personnelles majeures ont été présentées au musée Ferenczy, Szentendre en 2018; auparavant au Kunsthalle de Budapest en 2012. Ellea une galerie à Budapest depuis 2009 (Galerie Erika Deak). Les œuvres de Magyarósi figurent également dans d’importantes collections publiques et privées, notamment celles du MONA (Australie) et du Château du Rivau (France).

« D’abord elle fait des dessins comme elle voit le personnage de Tundra qui est un personnage non genré, ce n’est ni une fille ni un garçon, c’est Toundra. Et ensuite pour l’animer, elle va prendre une partie de la jambe, une partie du bras, le bâton séparément, la tête, et elle va introduire toutes ses différentes parties dans le programme d’animation. Ainsi, elle dessine les mains et ensuite elle va mettre les doigts dans le programme d’animation, pour animer, donner une « âme », et mettre en mouvement ses images. Pour cela, à l’instar d’un musicien, elle mixe ses images. L’œuvre d’Eva Magyarosi est d’une telle richesse qu’une exposition ne saurait suffire à en offrir un reflet fidèle. Installations, objets, sculptures, collages, vidéos… et le livre, l’un des chefs d’œuvres recelant en ses pages 120 dessins originaux, une vie d’artiste, entre chien et loup, intimité et sauvagerie, entre adultes et enfants, dans la magie des plaies ouvertes. La vidéo Invisible Drawings parle d’enfance, d’ancêtres, de transmission, du père bien aimé ; The Garden of Auras, jardin des délices version château français, parle de la puissance de l’imaginaire qui ressuscite même les cadavres enracinés dans les lierres d’un passé millénaire. »

Et pour mieux transmettre sa passion, Barbara Polla se fait traductrice de l’artiste :

« Comment puis-je raconter avec authenticité des récits privés dans un monde où l’industrie culturelle d’une part, et la nécessité de survie de l’autre, prospère simultanément, face à face ? Quelle importance accorder à la matérialisation de rêves personnels dans un monde aussi difficile, impitoyable que le nôtre ? Quelles sont les techniques et les méthodes, les symboles classiques et contemporains, que je puis utiliser pour désenclaver nos désirs, personnels et collectifs ? Mes œuvres existent tentent des réponses possibles à ces questions fondamentales pour moi. »

Le ton est donné… Nous ne serons pas déçu !

PAUL ARDENNE, RÉCITS TRÈS PRIVÉS

« C’est Barbara qui la fait connaître depuis une dizaine d’année maintenant. Ce qui la fait remarquer, c’est une œuvre de jeunesse appelée Fin du temps, des récits ciblés et corrélés à la vraie vie (comme dans Hanne, 2009, qui se nourrit encore de références à la vie privée de l’artiste). Le monde d’Eva Magyarosi est déjà construit autour d’une histoire simple et sobre entre jeunes adultes. Et ce qui m’a frappé immédiatement et m’a semblé extraordinaire, c’est d’abord ce choix du dessin animé, agrémenté à l’époque d’une technique d’incrustation de photos et d’images retravaillé sur des personnages déjà existant, des autoportraits parfois. Cela faisait un mixe extraordinaire. »

La Diagonale : C’était en quelle année ?

Paul Ardenne : «Il y a dix ans, Eva Magyarosi avait 25 ans.Pour caractériser Eva, du côté de la technique, il faut d’abord dire que c’est vraiment une artiste du dessin, de l’animation, avec un approfondissement de plus en plus sur le dessin animé. Elle a fini par supprimer progressivement les incrustations de photographies. Son travail devient de plus en plus graphique. Epuré, diaphane. » Et, côté propos, il y a toujours un sujet essentiel qui est condensé dans l’expression que j’ai donnée à cette exposition « Récits Privés », elle ne parle que d’elle ! »

Effectivement, si l’on observe chaque dessin ou chacune des séries animées, on observe à chaque fois que l’artiste nous parle de sa vie intime exclusivement.

LDA : C’est une histoire d’extimité. Et pourtant, si elle ne fait que se raconter, ce n’est pas du tout Facebooké, comme on peut le voir aujourd’hui avec une majorité de gens qui ne cessent de montrer « ce peu de réalité » de leur vie, leur sale petit secret. Le degré 0 de l’art comme le dénonçait Gilles Deleuze. L’art n’a rien à voir avec le compte-rendu de ses névroses, encore moins avec des histoires conjugales, familiales ou amoureuses.

Paul Ardenne :

« C’’est ce cadre qui m’intéresse. Car on voit aujourd’hui énormément d’extimité dans l’art, d’estime de soi, etc. »

LDA : Avec parfois une légitimité de bon aloi pour des minorées ( handicap, genre gay, minorités, etc.) Mais, on ne voit pas suffisamment que cette profusion d’extimité, ce désir de reconnaissance dans le regard de l’autre est aujourd’hui Facebooké par les techniques du numériques, et s’accompagne d’une forme d’appauvrissement de la manière dont on peut raconter sa vie.

Paul Ardenne :

« Chez la plupart de ces artistes du parti pris de l’extimité, cela part le plus souvent de bon sentiment, mais c’est souvent tellement conformiste, redondant, avec le sentiment d’avoir déjà vu ça des milliers de fois…Et puis surtout c’est terriblement ennuyeux ! »

LDA : On a également vu cela massivement dans le roman ces dernières décennies.

Paul Ardenne :

Effectivement, mais chez Eva Magyarosi si le propos reste purement conventionnel et d’une très grande banalité de prime abord, le traitement en revanche démultiplie complètement ce contenu dérisoire et vaniteux. Avec un style assez extraordinaire, pour Eva, surtout lorsque l’on voit la totalité de son travail aux proportions démesurées.

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 Vivant, donc instable

Dans l’organigramme des Récits privés d’Eva Magyarosi, Tundra représente moins un nouveau stade créatif qu’un approfondissement. De quoi est-il question ? Une fois encore, d’une histoire du corps, corps des humains, corps même de l’artiste – ce qu’elle est, ce qu’elle vit, comment elle le vit. Toute œuvre d’art est un autoportrait de son auteur.

Tundra, donc Eva Magyarosi ? Gageons que oui. L’artiste, cette fois, a endossé le frac analogique d’un animal de couleur blanche se mouvant dans une nature sauvage. Dans ce monde de début du monde, une horde libre d’animaux à robe noire court sur la plaine. Il y a dans ce groupe un animal blanc, pur comme le cygne des fables, qui s’ébat avec la meute, à son rythme. À peine remarque-t-on au-dessus de lui, comme un nimbe destinal, une sorte d’étoile noire qui le suit à la trace. Le signe d’une menace ? Sans nul doute.

Le premier dénouement de ce court film d’animation de 5 minutes de durée advient très vite. Une sorte de Mère majeure, que l’on a pu entrapercevoir en début de bande, au lever de rideau, tue net le blanc animal d’un coup précis de javelot. Fin de l’équipée sauvage. Demandons-nous au passage (l’artiste suggère cette possibilité) si la Grande Mère tueuse, celle qui met fin à un rêve de pureté et de liberté, n’est pas elle aussi l’artiste en personne, le double de l’animal blanc dont la course se voit brisée. Une figure de la castration, quoi qu’il en soit, et un acteur au rôle décisif, le pied sur le frein de la vie.

Scène après scène, Tundra dévide en une multitude de glissements plastiques le fil d’un devenir à la fois traumatique et vitaliste. Stade après stade, sous nos yeux et à coups d’images puissamment inventives, un corps évolue, se transforme. Corps d’enfant, corps de femme, cadavre de l’enveloppe duquel s’extraient des corpuscules divers, corps hybride « humanimal » à la fois humain et animal, corps humain et végétal, comme l’attestent ces épines récurrentes, dans maintes scènes, qui s’extraient ici des peaux comme des poils. L’animal blanc, innocent, pur, jeté dans le mouvement exalté du monde, meurt-il ? Qu’à cela ne tienne, ce n’est là que le début de l’aventure, l’aventure initiatique et compliquée du devenir. La mort n’étant que la continuation de la vie par d’autres moyens (le pourri est un bouillon de culture biologique, pas une extinction de l’Être), la transformation vient s’imposer dans Tundra comme la règle de ce devenir jamais éteint, dynamique et résurrectionnel. Exister, c’est endurer maints passages, maints glissements d’un état à d’autres états, c’est endurer cette fameuse métamorphose (celle des créatures d’Ovide comme du Kafka de La Métamorphose ou du Saint-Exupéry du Petit Prince) qui tout à la fois fascine et méduse nos consciences. La métamorphose fascine : ne nous permet-elle pas toutes les mutations, à la mesure de nos désirs de domination, d’absolu et de narcissisme ? Mais la métamorphose, tout aussi bien, méduse : elle est le signe du continuum éprouvant de la réalité soumise à l’empire du temps, un temps que rien jamais ne suspend, tyrannique, imposant de ne jamais espérer le repos métaphysique ou dit autrement, la stabilisation de soi. La meilleure et la pire des options pour raccommoder nos vies.

Un Bildungsroman, en quelque sorte. Un “récit de formation” comme peuvent l’être Les Souffrances du jeune Werther ou L’Éducation sentimentale. Sans que l’on sache jamais, au demeurant, dans quelle “scène” l’on se situe exactement. Dans la scène primitive chère à la psychanalyse, celle où se joue fondamentalement notre malédiction et où se calibre d’office notre droit au bonheur ? Dans celle du rêve ? Dans celle de l’invention et de la fantasmagorie ? Dans celle de l’expression de second degré ? À l’instar de la plupart des dessins animés d’Eva Magyarosi, Tundra est une mise en vue de l’intériorité moins réaliste qu’imaginaire se portant cette fois encore, familier à cette artiste hongroise, dans le champ flottant de l’introspection mentale. Fin du temps des récits ciblés et corrélés à la vraie vie (comme dans Hanne, 2009, qui se nourrit  encore de références à la vie très privée de l’artiste), le monde d’Eva Magyarosi est ici celui de la chute d’attention, on y sort de la vigilance et, paupières tombées, on y intègre le registre du Eyes Wide Shut (1999), celui des « yeux grand fermés », pour reprendre le titre évocateur du dernier film de Stanley Kubrick. L’imagination, pour l’occasion, n’est pas la « folle du logis » mais une manière d’enrober ce qui se passe concrètement dans le « logis » corporel, en cœur de moi, au sein des mouvements de la psyché et du sentiment.

Tundra, avec le style propre et très imaginatif des récentes animations graphiques d’Eva Magyarosi, parle d’un état du corps qui est un devenir en devenir, une métamorphose qui se nourrit de ses propres implémentations, décidément et continûment incertaine. On vit et vivre, c’est expérimenter un passage du temps qui est aussi un passage de l’autoreprésentation de nous-mêmes. Aujourd’hui je me vois ainsi, hier je me considérais autrement et demain est un autre jour, un autre jour de l’autoreprésentation, la promesse d’une probable poussée d’instabilité, encore et encore. Les figures dans lesquelles le moi entend s’incarner changent, elles mutent, se dégradent et renaissent, leur mutabilité ponctue et écrit l’histoire d’une vie que les événements et les sentiments rendent malléable, moelleuse parfois, acérée tout autant. Cela, tandis que la question perdure : qui suis-je dans le temps ?

Paul Ardenne

Pour en savoir plus sur la vidéo Tundra, cliquer ici et pour en lire plus sur l’exposition, consulter la revue de presse ici

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Art on Paper 2018

« So different »
« You have to stop and look »
« My name is honey »
« Is this children’s work ? »
« Interesting eye behind the choice of these very diverse drawings »
Quotes from visitors

Barbara Polla had the privilege to meet Bob FLANAGAN in the early nineties and to show his work and translate and publish in French some of his writings (Incertaine Identité, 1994, Geneva). Bob FLANAGAN had given her photographs and drawings: he was a multi-talented artist and his drawings are as refined and strong as his writing. No one better than Flanagan has been able to link pain with pleasure: “I had to fight sickness with sickness“. And in his iconic text Why? he suggests that the more he was in pain, the more his parents would express to him their love and care. The drawings could be entitled “Self-portrait of the artist with phallus” and their delicacy is reminiscent of IVORY HONEY.
 
As a today’s echo to Bob Flanagan, Analix Forever proposes another series of phalluses by French artist Jérémy CHABAUD. In Chabaud’s hands however, the phalluses are all joy, pleasure, bliss. The artist claims: “I know them all” and there are about 300 “portraits”, whether ink or aquarelle, of which Analix Forever presents a best of. The presence of the butterflies stems from a nap Chabaud took naked in the nature then being wake up by one of them, as well as being a reference to, among others, Hermione Wiltshire and her Still, Flying (“What she wants”, 1992) depicting the Flying Phallus held by two butterflies. 
©Jérémy Chabaud

Brûler, recommencer, pour jaillir.

« […] cette conception qui exige de tout nouveau poème qu’il soit une refonte totale des moyens de son auteur, qu’il coure son aventure propre hors des chemins déjà tracés, au mépris des gains réalisés antérieurement. » André Breton

C’est petit, mais c’est immense.
Ce n’est pas nouveau, mais ça change à chaque fois.
Jérémy Chabaud semble concentrer dans chacune de ses œuvres un geste qui incarne la signature d’une pensée illimitée et discontinue. Signature, dont le paradoxe saute aux yeux, tant l’ensemble paraît véritablement piquant — puisque qu’il ne vise rien de personnel, mais une sorte d’universalisme particulier, où, l’humour, souvent plus que noir, la mélancolie, mais aussi, le désespoir se révèlent ensemble dans leur trivialité, leur idiotie, leur violence. Point d’idées pour articuler tout ça, mais un vécu, qui coule et qui brûle. …

Jérémy Chabaud ne nous montre rien d’autre que sa propre incapacité à finir les choses, mais cette incapacité n’est jamais que la pompe à feu qui lui permet de continuer à vivre, sans espérer fixer quoique que ce soit, mais plutôt de toucher du doigt ce que constituerait l’essence d’une vie vécue, c’est-à-dire, rêvée d’un bout à l’autre, et belle « comme la rencontre fortuite, sur une table de dissection, d’une machine à coudre et d’un parapluie » (Comte de Lautréamont).

Loïc Blairon, 2012


 

For Julien SERVE, whose drawings are simultaneously shown at Art on Paper and published today inIVORY HONEY, the hand is an essential subject and object of his art, his primary model as well as his beloved tool. For Art on Paper, Serve offers these intimate drawings as well as his latest color aquarelles: hands and mushrooms, reminiscent of the morel harvests he used to go for as a child, together with his grand father. The sensuality of the aquarelles leaves any interpretation of their beauty to the viewer’s imagination.

“The hand and its unlimited possibilities is a condition of civilization. It’s also the first part of the body that touches the other; it is the primary intersection between society and intimacy. The hand thinks, builds, connects, feels, breathes,“, writes Julien Serve.

In IVORY HONEY, OH MY HANDS is dedicated to Julien Serve.

I don’t know what to do with my hands
Hold my baby hold my body
Touch your face or touch your cock
I don’t know what to do with my hands

Plunge my thumbs into your eyes
And caress your brain from inside

Cook witchy potions with the right one
Write bad stories with the left one

I don’t know what to do with my hands
Hide them in my bottomless pockets
Hide them in your pocketless bottom
Or walk on them, hand by hand

Cut them off and write with my eyes
Cut them off and worship my wrists
Then finally everybody could grasp
How handicapped I am


On march 8 Eva Magyarosi won the UniCredit Bank award, she opens her solo exhibition at Ferenczy Museum Center and is in New York City @Art on Paper!

Her animated film bear a strong resemblance to the sound and film montages of VJing, while her unconventional still images blend the characteristics of photography, freehand drawing and painting. In the drawing series and the video Invisible Drawings, subtitled for My Father, the artist represents her grief, extending it to the more general experiences of fear and vulnerability. She seeks to understand the workings of the memory that accompanies the passing of our loved ones, and attempts to arrest involuntarily retained mundane moments as much as carry out thought experiments to virtually resurrect the mourned person. Eva Magyarosi offers us the IVORY HONEY of memory and forgetting.


 

For mounir fatmi, drawing is essential ; and video is like another way of drawing. One of the remnant beauties of the work of mounir fatmi is always the emotion it generates. A motion in the true sense of the term: the setting in motion of the one who looks, a strong, profound, ineluctable and productive motion opening the doors of meaning.

mounir fatmi, le dessin fondateur

The series The Island of Roots is to be seen @art on paper in New York until march 11  ;  and a selection of 21 videos will be presented @ Musée de l’Elysée in Lausanne, Switzerland, on June 23rd.

“Confronted with this machine of history that constantly repeats itself, the roots tell us about freedom : their freedom to grow in a random, wild and free manner.” Says mounir fatmi. And recalls that at the beginning of last century, and for a long time, the United States of America were a land of welcome. Ellis Island was an obligatory passage, that mythical gateway where so many hopes of new lives were sealed. mounir fatmi then takes hold of this story and, according to a habit that is dear to him and which constantly enriches his work and the scope of it, refers to another artist that Ellis Island inspired, namely the famous documentary photographer Lewis Hine, who photographed at the beginning of the 20th century so many different immigrants, from the Italian family to the Armenian Jew, from the Finnish young man to the Syrian migrant – already – and so many others.

Starting from these portraits, mounir fatmi draws their roots. These roots, which are plucked out, and which return, become more complex; Vegetal roots, organic, horizontal, floating, dendritic (as our central nervous system’s cells), sometimes sanguineous, rhizomatous (a word used by the philosopher Gilles Deleuze); roots which go from one drawing to another, which embrace, like Philemon embraced Baucis. Roots of exchange and sharing; inclusion roots: the type of roots that one makes when walking.

For mounir fatmi the bonds have always been essential. All the bonds : between countries, languages, civilizations, people, men and women…

L’anneau, à la recherche du lien perdu 

Depuis qu’il a quitté sa famille et son pays d’origine, sa culture en somme, mounir fatmi cherche à créer des liens, liens interpersonnels, interculturels, interreligieux… L’anneau pourrait il symboliser, permettre ces liens ? Il est peut être à la fois la plus réelle et la plus illusoire des illusions de l’artiste, lui qui se plaît à créer des illusions pour les utiliser comme matière à penser, à rêver. L’anneau constitue une tentative de lien primordial, le maillon premier d’une chaine de liens, le cercle qui unit. L’anneau primordial ? Celui fait de pierres, autour du foyer.

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Grown up in the music and scents of Trinidad, the young Curtis Santiago was dancing his life. Canada then put him on stage, as he was only 14 years old. Long legs, fine waist, deep voice, Santiago soon became TALWST, and what they call success, he got it all with his music. But ten years later he quit. TALWST loves to sing and loves the people; Santiago loves authenticity and working alone. In that balance, the taste for solitude and inwardness took over: Santiago left the stage for a while to create new worlds. Worlds in tiny boxes (they call them Dioramas even when the boxes are from Gucci), boxes reminiscent of the shoe boxes he worked in at primary school, but much smaller than shoeboxes… Santiago’s new worlds represent the old ones with irony sometimes despair, always beauty. Santiago’s interest in storytelling, in particular narratives from African and Caribbean culture, comes alive in his practice, which aims to animate and reinsert these silenced histories into contemporary art.

In his last exhibition in Geneva though, entitled HISTORY BOX OFFICE, TALWST and Santiago got somehow re-united

Santiago has now also introduced drawing into his practice, and his drawings were first shown by Rachel Uffner in 2016-2017

Curtis Santiago. Sour tasting of the imminent History

Curtis Santiago is, what we can formally say, a “mixed media” artist. Painting, performance, music, sculpture- this Canadian native of Trinidad has many strings to his bow. Favouring a popular art approach, broken with the willingly direct expression of autodidacts, street art and Soul musicians (he was, in the 1990s, a member of the Canadian group of Edmonton The Hi-Phoniqs), he considers art, above all, as a form of writing the contemporary world: the continuation of life lived trough other means, its recording, its aesthetic quote.

Marked by recent history, filigree permeated by the transcultural spirit of Post Colonial Studies, the work of Curtis Santiago is neither unionist nor soothing. How having the illusions, as a member of the African-American community, if the daily life is to endure racism, police violence, humiliation, and an economic status that is frequently under-privileged? The artist includes a lot of symbolic and social wounds in his plastic and musical creations.

“Through my artistic work, I explore the narration of the art history by incorporating elements of different cultures in order to gain the attention of an enlarged audience, and to expand the rules.” says Curtis Santiago. The plasticity artist’s intention, always comprehensible, never elliptical, conforms to this purpose. His paintings evoke, in an elementary and realistic style sometimes with family or friendly figures, transformed into icons, those here, of a necessary solidarity, or even some, brutal rather than pacify, scenes of American life.

Better known than his paintings, his sculpture series Infinity, takes the form of a singular inventory. In small-recovered jewelry boxes, the artist realizes in miniature skits of the public or private life. The themes are varied: the police hitting a black man on the ground (Por Que, 2014), a demonstration of Chicanos (Frida Enters Iguala, 2015), the dramas linked to migrations of misery (Deluge series, 2015-2016) … About his dioramas, the artist says: “The work’s small scale allows me the opportunity for a very particular kind of meditation. The overarching theme to my sense of the vastness and the fragility of the world which I inhabit; and my fleeting memories of this world. Both are modeled after personal experiences.” His goal is to capture present moments that the passage of time would make disappear, in a memory perspective but also in a didactic way of giving to think. The Infinity boxes exceed the status of precious artifacts breaking with the real or fragile models dedicated to the only decorative exhibition. They contain History, not in a synthetic way but in a man perspective. The universal, sometimes, is in the details, more than in a global vision.

The dioramas presented in Geneva this winter continue to feed the fetish representations of Curtis Santiago. Far from the world, time is passing, it pacifies itself, it remains prodigal of tension situations and harmony ruptures. Sheltered from such a box, a man masturbates watching a woman dancing lasciviously in front of him, in a closed room; there, mounted on holds, immobilized without its wheels in a luxuriant landscape, an abandoned car is invaded by the wild vegetation; on the other hand, a cow-headed man is bending over a parked Porsche Boxter Convertible, driven by a horse; again: a visibly intrigued policeman is opening the trunk of an Audi break, a trunk in which he could make an unexpected discovery, macabre who knows? ; a Ferrari caught in the mud, muzzle planted in the ground, seems to have been the victim of a past flood, that one of New Orleans perhaps, or having accompanied the passage of the Katrina hurricane… Small moments of history, ephemeral black or gray reveries; all of them write a mythology of disjunction, of disorder that insinuate in things – the irreparable loss of Paradise.

Sometimes, it seems that the sweetness comes back, as in this box crossed by a river, in line with a quiet landscape. Is the artist, as we most of the time, lacking Eden? Does art save us from disaster? Can the world, according to Curtis Santiago, be anything else than sour? Let’s look, let’s think.

Paul Ardenne

Curtis Santiago, San Papier II (Deluge VII)


In a very different way, drawings by Jérémy Chabaud, Alexandre d’Huy & Shaun Gladwell are linked by their exploration of vanitas. Far from the classical representation of vanitas, these three artists interpret their own vision of ‘Vanity of vanities, all is vanity’ – transience of life, time going by, the futility of pleasure, and the certainty of death.

The young Parisian painter Alexandre d’Huy depicts the immediate consequences of contemporary war—impersonal and digital. Certain drawings are almost pixelated, aerial views from the eye of technology (from videos uploaded every day on the internet), a perspective impossible for man to experience—blending rural landscapes into a form of camouflage. The drawings of the artist reach to the core of the issue of war, cold but possessing a rich texture in an abstract language. Alexandre d’Huy shows ghostly landscapes that highlight reality and surpass it boundlessly. It results in the aestheticization of these destructive masses—masses that seem autonomous as no human figure is detected. ENTER THE VOID. By this absence, the human condition is however even more omnipresent. D’Huy’s vanitas link worthlessness and the certainty of death…

Gladwell’s work exhibited at ART ON PAPER is about more than the strange landscape-like beauty of the human skull. It is no coincidence that Gladwell has titled them Vanitas, a clear reference to the 17th-century Dutch still-life paintings that featured objects that symbolised death. The vanitas spoke of the transience and vanity of human endeavour and earthly pleasures. After all that furious spinning and striving, we arrive at the still point of death.

On the other side of death : life – and the futility of pleasure. In Chabaud’s hands, the phalluses are all joy, pleasure, bliss. The artist claims: “I know them all” and there are about 300 “portraits”, whether ink or aquarelle, of which Analix Forever presented a best of at ART ON PAPER. The presence of the butterflies stems from a nap Chabaud took naked in the nature then being wake up by one of them. But is the artist’s series really on the other side of death though ? Some butterflies can live almost a year but many of them only live for one day. Living their life without knowing when it will end. Like us, humans. Vanitas.

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PARÉIDOLIE 2 : Le dessin fait la vidéo

Programmation vidéo de Paréidolie : carte blanche à Barbara Polla

Pour cette programmation vidéo pour Paréidolie, en lien avec le dessin, « CALLIGRAPHIE » propose les vidéos de 15 vidéastes contemporains d’horizons et de techniques aussi singuliers que diversifiés, mettant en évidence l’extraordinaire richesse de la vidéo d’animation.

La flèche « Calligraphy », still de la vidéo d’Ali Kazma, invite à venir voir une longue programmation qui mélange humour et noirceur, tragédie et légèreté, poésie et politique, architecture et peinture…

Avec (par ordre d’apparition) : Pawel Prewencki, Pologne ; mounir fatmi, Maroc ; Eszter Szabo, Hongrie ; Eva Magyarosi, Hongrie ; Nicolas Daubanes, France ; Bridget Walker, Australie ; Kakyoung Lee, Corée du Sud ; James Rielly, GB ; Matt Saunders, USA ; Andreas Angelidakis, Greece ; JiSun Lee, Corée du Sud ; Ali Kazma, Turquie ; RAYMUNDO, France ; Laure Tixier, France ; Julien Serve, France ; et, pendant la dernière heure de la journée, EDEN, une série de dix vidéos d’Eva Magyarosi.

Pour en savoir plus, cliquer ici

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PARÉIDOLIE 1 : Julien Serve le Marseillais, du Château à la Cabane

L’artiste français Julien Serve, qui vit et travaille à Paris, a été présent à Marseille toutes ces dernières années au Salon Paréidolie, au Château de Servières, et/ou à « La Cabane Georgina » de Jérémy Chabaud, au bord de cette mer Méditerranée qui berce la cité phocéenne de mille rêves.

Il revient cette année, fin août, dans les deux mêmes lieux, par deux fois en prenant leurs noms au pied de la lettre.

Une « paréidolie », du grec ancien para (à côté de) et eidolon (de eidos, apparence, forme) – est une sorte d’illusion d’optique qui associe un stimulus visuel informe et ambigu à un élément clair et identifiable, souvent une forme humaine ou animale. La forme animale, pour Julien Serve, ce sera le Rhinocéros,  à la fois informe et ambigu et très clairement identifiable – mais pas n’importe quel Rhinocéros : celui gravé par Albrecht Dürer en 1515 ! L’histoire raconte en effet que le rhinocéros doré gravé par Dürer représente l’animal cadeau d’un Sultan de Cambay à Manuel 1er, Roi du Portugal, puis cadeau de celui-ci au Pape Léon X. Il fut le premier rhinocéros attesté sur le continent européen depuis 12 siècles. L’histoire dit aussi que Dürer n’aurait jamais vu l’animal. Mais qu’importe. Après une escale sur l’île mythique d’If (durant laquelle François 1er, Roi de France, vint le voir), le rhinocéros périt noyé : le navire le transportant sombre en pleine tempête en mer Méditerranée.

L’œuvre de Julien Serve est basée sur cette histoire, avec comme fond les vagues, leur chant, celui des mouettes, le bord de mer et le sable marseillais sur lequel le Rhinocéros viendra échoir. Et elle se concrétise en trois volets : deux grands dessins muraux, respectivememnt à l’entrée du Château de Servières (le Rhinocéros) et dans la salle d’accueil (le bord de mer) ; ainsi qu’une vidéo, présentée dans la programmation vidéo de Paréidoloie, confiée cette année à Barbara Polla, intitulée CALLIGRAPHIE et qui a pour thème l’animation. Animer ? Donner âme. C’est ce que fait Julien Serve avec sa vidéo : redonner âme à l’histoire ancienne, en pas moins de 1200 dessins.

Si le Rhinocéros, fantasmé, « exotisé », ne restera à Servières que le temps du Salon, le bord de mer restera plus longuement, et continuera à évoquer, selon l’artiste lui-même, rêveur : « La vague de Gustave Courbet, le bruit du roulis, un trésor caché sous les flots, la mémoire de l’Atlantide, du Bretagne, du Titanic, d’espoirs et de corps perdus… » Les vagues viennent révéler sur les rivages nos oublis. La mer a englouti nos fantasmes. Elle les rejette. Un corps massif échoue battu par les vagues. Une forme apparait. » Entre les mains de Julien Serve, la mer restitue la mémoire, prolonge l’illusion. « Mémoire vive, contre l’oubli », ajoute encore l’artiste-poète.

Pour La Cabane Georgina, Julien Serve propose deux projets qui mettent en résonance la notion de foyer : il se réapproprie d’une part l’univers du jeu de société Cluedo et nous invite à déambuler dans une série de photo-montages – dans un foyer où se dévoile une histoire de famille… alors que dans Open House c’est le dessin de l’architecte qui fait le foyer et qui module les interactions familiales et extra-familiales qui se jouent entre les habitants semblent nous dire les dessins de Julien Serve.

SALON PAREIDOLIE Château de Servières 19 Boulevard Boisson, 13004 Marseille, 26 et 27 aout 2017

LA CABANE GEORGINA 2 chemin du Mauvais Pas  13008 Marseille – Vernissage le 26 août, exposition jusqu’au 3 septembre

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FULL MOON

Group show avec Clara Citron, Sara Conti, mounir fatmi, Shaun Gladwell, Alexandre d’Huy, Abdul Rahman Katanani, Rachel Labastie, Eva Magyarosi, Pavlos Nikolakopoulos, Emanuela Olini, Laurent Perbos, Julien Serve & Ornela Vorpsi
Jusqu’au 16 juin

2 rue de Hesse, 1204, Genève

Symboliquement la Pleine Lune concentre les énergies de toutes les phases de la lune dans son cercle parfait, lumineux. C’est le symbole de la plénitude, la totalité, en orbite circumterrestre. La lune a été toujours source d’inspiration pour poèmes et madrigaux, elle a donné naissance à de multiples proverbes et coutumes, sa masse influence les marées des océans et le système tectonique de la surface de la Terre, elle inclut le monde agricole dans ses opérations les plus essentielles, du semis aux soins de récoltes. La Pleine Lune, magique et mythique, serait aussi liée aux cycles féminins et à leur acmé lumineuse…

La lune inspire les artistes et pour Sara Conti, montrée pour la première fois à Genève, elle est l’expression d’un féminin puissant, représenté sous forme d’arbre qui rencontre son contraire et qui donne la vie. Sara Conti ne sépare pas l’humain du végétal, on croirait même, à regarder cet éloge de la fusion naturelle des corps, des espèces et des essences, que les corps des morts humains pourraient reproduire la vie sous l’œil ténébreux de la lune. Le sexe de l’arbre et les dessins de Sara Conti ? Délicieux, drôles, érectiles, fertiles, bisexuels, indéterminés, hermaphrodites, érotiques, magnifiques. Ornela Vorpsi, plasticienne et écrivain albanaise connue et reconnue, qui sera présente à la galerie le 18 mai (de même que la jeune romaine Emanuela Olini) travaille avec son ambiguïté naturelle sur la vie nocturne et onirique des chats, représente avec ironie la lune comme un œuf et fait dire au chat noir:
« La nature c’est un œuf, moi je le sais,
Je l’ai vue de près, puis je l’ai mangé.
C’est à jamais ainsi et ce depuis toujours
Que nous les chats créons la nuit et le jour »…

Aux côtés de ces trois artistes, FULL MOON présente aussi Eva Magyarosi et Laurent Perbos, l’imagination et la structure, que vous retrouverez ensemble dans l’exposition prochaine, vernissage au solstice d’été, EDEN, EVA & ADAM – ainsi que mounir fatmi et ses dessins fondateurs Fragile CommunicationAlexandre d’HuyPavlos NikolakopoulosJulien ServeShaun Gladwell et ses Phaéton (Φαέθων / Phaéthôn, « le brillant », fils d’Hélios, mort foudroyé pour avoir perdu le contrôle du char solaire de son père… et avoir ainsi manqué d’embraser le monde ; Rachel Labastie la sculptrice qui dessine des murs de liberté et le dessin mural d’Abdul Rahman Katanani.

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The Island of Roots

L’interculturalité et ses richesses, son potentiel de réparation, sont l’un des fils rouges essentiels du travail de mounir fatmi, un fil rouge qui inclut la migration, l’exil, l’identité, le corps. Mais c’est aussi la volonté constante de nous surprendre, de nous faire reconsidérer nos points de vue, de nous donner à penser à l’envers.

La série The Island of Roots s’inscrit parfaitement dans cette double logique. À un moment de l’histoire où les États-Unis d’Amérique se ferment, refusent certains migrants, en chassent d’autres, mounir fatmi nous rappelle qu’au début du siècle dernier, et pendant longtemps, ces mêmes États-Unis furent une formidable terre d’accueil. Ellis Island fut ce passage obligé, cette porte d’entrée mythique où se scellaient tant d’espoirs de vie nouvelle. mounir fatmi alors se saisit de cette histoire et, selon une habitude qui lui est chère et qui constamment enrichit son travail et la portée de celui-ci, se réfère à un autre artiste qu’Ellis Island a inspiré, à savoir le mythique photographe documentaire Lewis Hine, qui photographia, sur place, au début du 20ème siècle, tant d’immigrants différents, de la famille italienne au juif arménien, du jeune homme finlandais à la migrante syrienne – déjà – et tant d’autres. Partant de ces portraits, mounir fatmi leur dessine des racines. Ces racines qu’on arrache, et qui reviennent, complexifiées ; des racines végétales, dendritiques, sanguines parfois, transperçantes ; des racines qui vont d’un dessin à l’autre, qui s’embrassent et s’enlacent, comme Philémon et Baucis. Des racines d’échange et de partage. Des racines d’inclusion. De ces racines que l’on fait en marchant.

mounir fatmi, pour exprimer les multiples facettes de ses concepts et de ses visions, utilise volontiers le collage, notamment dans ses vidéos et ses photographies, et les superpositions. Dans la série The Island of Roots également, le collage lui permet de parler du passé comme du présent, des racines comme des branches, de la photographie et du dessin, des visages et du monde. Car comme l’écrit Jean-Marc Lachaud : « Les œuvres de collage et de montage mêlent la réalité concrète et le merveilleux, l’ici et l’ailleurs, le non-contemporain et l’actuel, l’identifiable et le bizarre. Elles tracent et détracent les contours de territoires inédits à fouiller. Elles bâtissent des passages éphémères au sein desquels des figures de l’inconnu restent à décrypter. Elles dépaysent, perturbent, déstabilisent et provoquent. » Émeuvent aussi – et c’est là encore l’une des beautés rémanente du travail de fatmi : l’émotion qu’il génère. Une (é)motion au sens propre du terme : mise en mouvement de celui qui regarde, forte, profonde, inéluctable et productive de sens.

Et l’artiste, selon ses propres termes, « Confronté à cette machine de l’histoire qui se répète inlassablement » voit « les racines et leur liberté de pousser d’une manière aléatoire, sauvage et libre. »

Barbara Polla, mars 2017

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Drawing Now 2017 : Le Piège Esthétique

Pour Drawing Now 2017, Analix Forever est au Carreau du Temple jusqu’au Dimanche 28 Mars, et présente Le piège esthétique avec des dessins de mounir fatmi (focus), Maro MICHALAKAKOS & Alexandre D’HUY.

 

LE PIÈGE ESTHETIQUE

Les dessins de mounir fatmi, s’ils restent encore relativement confidentiels, sont fondateurs. Car si l’artiste est connu et largement reconnu pour ses grandes installations, ses sculptures, ses vidéos et ses photographies, il dessine depuis toujours (certains dessins datent de 1995 !). Et non seulement il dessine depuis toujours, mais ses dessins nous parlent tous des thèmes fondamentaux de l’artiste : les ciseaux, la coupure, celle du cordon ombilical, de la langue et du langage ; l’amputation, la rupture culturelle, la nécessité de refaire lien pour survivre ; la greffe enfin, physique, corporelle, culturelle (La Jambe noire de l’Ange) ; les racines. Le dessin, intime et fragile (plusieurs séries de dessins de fatmi comportent d’ailleurs le mot Fragile dans leur titre) : comme un fil rouge de la création. Le fil rouge ? Au propre et au figuré : la couleur rouge se retrouve dans les dessins les plus anciens. Puis le fil devient racine…

Les dessins de la série The Island of Roots, présentés à DRAWING NOW pour la première fois, dialoguent avec la sculpture éponyme et tentent de répondre à cette question philosophique transversale posée par l’artiste : jusqu’à quelle profondeur les racines s’enfoncent-elles ? Dans un moment de notre histoire où les notions d’identité et de frontières deviennent de plus en plus centrales, comment comprendre, partager, passer outre les enfermements culturels pour créer une transculturalité mature et créative ?

Le piège esthétique, lui, est partout dans les œuvres de mounir fatmi. L’esthétique est une nécessité pour l’artiste, elle répond à une volonté irréductible de donner une forme visible à ses questionnements existentiels et ses révoltes intérieures – et grâce à elle l’artiste capte notre attention, prise au piège. Mais l’esthétique qui nous prend dans le même temps dévoile le piège et nous permet d’y échapper : reste alors le sens de la beauté.

« En troublant la vue, les dessins de fatmi renvoient le spectateur à questionner sa propre histoire, ses peurs et ses désirs. » (adapté de Blaire Dessent, 2016).

Les dessins et aquarelles de Maro Michalakakos sont d’une grande délicatesse, d’une séduisante sophistication, d’un attrait irrésistible. Pris au piège de la beauté des oiseaux dépeints par l’artiste grecque, et du désir d’envol qu’ils transmettent, le spectateur s’approche et réalise alors seulement que derrière la beauté, ou devant elle, se cachent et se révèlent des enjeux bien plus inquiétants. Les oiseaux de Michalakakos sont « pris » dans leur propre cou, qui s’enroule autour de leurs pattes et, mutants et hybrides, mi serpents mi insectes, ils semblent sortir d’un livre d’ornithologie futuriste – ou quand les oiseaux ne sauront plus voler. Allégorie de nos propres enfermements, de nos propres empêchements à nous envoler de nos cages, les oiseaux de Michalakakos furent l’emblème, début 2016, de l’exposition de Çelenk Bafra & Paolo Colombo à Istanbul Modern, intitulée « Till it’s gone ». Till it’s gone, vous êtes invités à pénétrer le monde de Michalakakos, un monde d’une Violente beauté (du titre de l’un des catalogues de l’artiste), peuplé de rêves souvent cruels, de fées dont on peut craindre qu’elles soient maléfiques, d’objets qui mettent en scène des énigmes sexuelles et politiques, et, selon Paolo Colombo, un monde en forme d’« archive mythologique d’animaux, souvent des oiseaux, qui semblent s’accoupler entre espèces et deviennent ainsi les chimères de notre temps. »

Les très fascinants dessins d’Alexandre d’Huy déclinent un univers guerrier réduit à sa plus simple expression ou presque. Plus on s’approche, plus l’illusion grandit. A distance, l’œil nous informe que ce sont des avions de chasse, des cibles, des hélicoptères de l’armée. L’artiste part de l’universalité (la guerre) pour rejoindre la singularité (l’obsession de la série). On trouve chez d’Huy quelques vues dessinées de la guerre moderne, par exemple ces captures d’écran montrant des bombardements guidés au laser, position GPS. À l’ère des drones, ces figures se signalent par un excès de proximité : une question de rapport de forces où le matériel compte plus que l’humain, une affaire de maîtrise technologique. On ne parle plus de vies humaines mais de cibles. La guerre ressemble à un jeu vidéo. Alexandre d’Huy « vedutiste » ( … ) nous séduit par sa composition d’images, par son organicité et au même temps nous fait sentir mal à l’aise vis-à-vis du sentiment de plaisir que ses dessins d’explosions guerriers déclenchent en nous.

mounir fatmi, Maro Michalakakos et Alexandre D’Huy trouvent dans l’esthétique une réponse  à l’absurde du monde, après Albert Camus selon qui « L’absurde naît de la confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde » (Mythe de Sisyphe )  et « le monde absurde ne reçoit qu’une justification esthétique. » (Albert Camus, Carnets II).

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