PARÉIDOLIE 2 : Le dessin fait la vidéo

Programmation vidéo de Paréidolie : carte blanche à Barbara Polla

Pour cette programmation vidéo pour Paréidolie, en lien avec le dessin, « CALLIGRAPHIE » propose les vidéos de 15 vidéastes contemporains d’horizons et de techniques aussi singuliers que diversifiés, mettant en évidence l’extraordinaire richesse de la vidéo d’animation.

La flèche « Calligraphy », still de la vidéo d’Ali Kazma, invite à venir voir une longue programmation qui mélange humour et noirceur, tragédie et légèreté, poésie et politique, architecture et peinture…

Avec (par ordre d’apparition) : Pawel Prewencki, Pologne ; mounir fatmi, Maroc ; Eszter Szabo, Hongrie ; Eva Magyarosi, Hongrie ; Nicolas Daubanes, France ; Bridget Walker, Australie ; Kakyoung Lee, Corée du Sud ; James Rielly, GB ; Matt Saunders, USA ; Andreas Angelidakis, Greece ; JiSun Lee, Corée du Sud ; Ali Kazma, Turquie ; RAYMUNDO, France ; Laure Tixier, France ; Julien Serve, France ; et, pendant la dernière heure de la journée, EDEN, une série de dix vidéos d’Eva Magyarosi.

Pour en savoir plus, cliquer ici

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PARÉIDOLIE 1 : Julien Serve le Marseillais, du Château à la Cabane

L’artiste français Julien Serve, qui vit et travaille à Paris, a été présent à Marseille toutes ces dernières années au Salon Paréidolie, au Château de Servières, et/ou à « La Cabane Georgina » de Jérémy Chabaud, au bord de cette mer Méditerranée qui berce la cité phocéenne de mille rêves.

Il revient cette année, fin août, dans les deux mêmes lieux, par deux fois en prenant leurs noms au pied de la lettre.

Une « paréidolie », du grec ancien para (à côté de) et eidolon (de eidos, apparence, forme) – est une sorte d’illusion d’optique qui associe un stimulus visuel informe et ambigu à un élément clair et identifiable, souvent une forme humaine ou animale. La forme animale, pour Julien Serve, ce sera le Rhinocéros,  à la fois informe et ambigu et très clairement identifiable – mais pas n’importe quel Rhinocéros : celui gravé par Albrecht Dürer en 1515 ! L’histoire raconte en effet que le rhinocéros doré gravé par Dürer représente l’animal cadeau d’un Sultan de Cambay à Manuel 1er, Roi du Portugal, puis cadeau de celui-ci au Pape Léon X. Il fut le premier rhinocéros attesté sur le continent européen depuis 12 siècles. L’histoire dit aussi que Dürer n’aurait jamais vu l’animal. Mais qu’importe. Après une escale sur l’île mythique d’If (durant laquelle François 1er, Roi de France, vint le voir), le rhinocéros périt noyé : le navire le transportant sombre en pleine tempête en mer Méditerranée.

L’œuvre de Julien Serve est basée sur cette histoire, avec comme fond les vagues, leur chant, celui des mouettes, le bord de mer et le sable marseillais sur lequel le Rhinocéros viendra échoir. Et elle se concrétise en trois volets : deux grands dessins muraux, respectivememnt à l’entrée du Château de Servières (le Rhinocéros) et dans la salle d’accueil (le bord de mer) ; ainsi qu’une vidéo, présentée dans la programmation vidéo de Paréidoloie, confiée cette année à Barbara Polla, intitulée CALLIGRAPHIE et qui a pour thème l’animation. Animer ? Donner âme. C’est ce que fait Julien Serve avec sa vidéo : redonner âme à l’histoire ancienne, en pas moins de 1200 dessins.

Si le Rhinocéros, fantasmé, « exotisé », ne restera à Servières que le temps du Salon, le bord de mer restera plus longuement, et continuera à évoquer, selon l’artiste lui-même, rêveur : « La vague de Gustave Courbet, le bruit du roulis, un trésor caché sous les flots, la mémoire de l’Atlantide, du Bretagne, du Titanic, d’espoirs et de corps perdus… » Les vagues viennent révéler sur les rivages nos oublis. La mer a englouti nos fantasmes. Elle les rejette. Un corps massif échoue battu par les vagues. Une forme apparait. » Entre les mains de Julien Serve, la mer restitue la mémoire, prolonge l’illusion. « Mémoire vive, contre l’oubli », ajoute encore l’artiste-poète.

Pour La Cabane Georgina, Julien Serve propose deux projets qui mettent en résonance la notion de foyer : il se réapproprie d’une part l’univers du jeu de société Cluedo et nous invite à déambuler dans une série de photo-montages – dans un foyer où se dévoile une histoire de famille… alors que dans Open House c’est le dessin de l’architecte qui fait le foyer et qui module les interactions familiales et extra-familiales qui se jouent entre les habitants semblent nous dire les dessins de Julien Serve.

SALON PAREIDOLIE Château de Servières 19 Boulevard Boisson, 13004 Marseille, 26 et 27 aout 2017

LA CABANE GEORGINA 2 chemin du Mauvais Pas  13008 Marseille – Vernissage le 26 août, exposition jusqu’au 3 septembre

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FULL MOON

Group show avec Clara Citron, Sara Conti, mounir fatmi, Shaun Gladwell, Alexandre d’Huy, Abdul Rahman Katanani, Rachel Labastie, Eva Magyarosi, Pavlos Nikolakopoulos, Emanuela Olini, Laurent Perbos, Julien Serve & Ornela Vorpsi
Jusqu’au 16 juin

2 rue de Hesse, 1204, Genève

Symboliquement la Pleine Lune concentre les énergies de toutes les phases de la lune dans son cercle parfait, lumineux. C’est le symbole de la plénitude, la totalité, en orbite circumterrestre. La lune a été toujours source d’inspiration pour poèmes et madrigaux, elle a donné naissance à de multiples proverbes et coutumes, sa masse influence les marées des océans et le système tectonique de la surface de la Terre, elle inclut le monde agricole dans ses opérations les plus essentielles, du semis aux soins de récoltes. La Pleine Lune, magique et mythique, serait aussi liée aux cycles féminins et à leur acmé lumineuse…

La lune inspire les artistes et pour Sara Conti, montrée pour la première fois à Genève, elle est l’expression d’un féminin puissant, représenté sous forme d’arbre qui rencontre son contraire et qui donne la vie. Sara Conti ne sépare pas l’humain du végétal, on croirait même, à regarder cet éloge de la fusion naturelle des corps, des espèces et des essences, que les corps des morts humains pourraient reproduire la vie sous l’œil ténébreux de la lune. Le sexe de l’arbre et les dessins de Sara Conti ? Délicieux, drôles, érectiles, fertiles, bisexuels, indéterminés, hermaphrodites, érotiques, magnifiques. Ornela Vorpsi, plasticienne et écrivain albanaise connue et reconnue, qui sera présente à la galerie le 18 mai (de même que la jeune romaine Emanuela Olini) travaille avec son ambiguïté naturelle sur la vie nocturne et onirique des chats, représente avec ironie la lune comme un œuf et fait dire au chat noir:
« La nature c’est un œuf, moi je le sais,
Je l’ai vue de près, puis je l’ai mangé.
C’est à jamais ainsi et ce depuis toujours
Que nous les chats créons la nuit et le jour »…

Aux côtés de ces trois artistes, FULL MOON présente aussi Eva Magyarosi et Laurent Perbos, l’imagination et la structure, que vous retrouverez ensemble dans l’exposition prochaine, vernissage au solstice d’été, EDEN, EVA & ADAM – ainsi que mounir fatmi et ses dessins fondateurs Fragile CommunicationAlexandre d’HuyPavlos NikolakopoulosJulien ServeShaun Gladwell et ses Phaéton (Φαέθων / Phaéthôn, « le brillant », fils d’Hélios, mort foudroyé pour avoir perdu le contrôle du char solaire de son père… et avoir ainsi manqué d’embraser le monde ; Rachel Labastie la sculptrice qui dessine des murs de liberté et le dessin mural d’Abdul Rahman Katanani.

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The Island of Roots

L’interculturalité et ses richesses, son potentiel de réparation, sont l’un des fils rouges essentiels du travail de mounir fatmi, un fil rouge qui inclut la migration, l’exil, l’identité, le corps. Mais c’est aussi la volonté constante de nous surprendre, de nous faire reconsidérer nos points de vue, de nous donner à penser à l’envers.

La série The Island of Roots s’inscrit parfaitement dans cette double logique. À un moment de l’histoire où les États-Unis d’Amérique se ferment, refusent certains migrants, en chassent d’autres, mounir fatmi nous rappelle qu’au début du siècle dernier, et pendant longtemps, ces mêmes États-Unis furent une formidable terre d’accueil. Ellis Island fut ce passage obligé, cette porte d’entrée mythique où se scellaient tant d’espoirs de vie nouvelle. mounir fatmi alors se saisit de cette histoire et, selon une habitude qui lui est chère et qui constamment enrichit son travail et la portée de celui-ci, se réfère à un autre artiste qu’Ellis Island a inspiré, à savoir le mythique photographe documentaire Lewis Hine, qui photographia, sur place, au début du 20ème siècle, tant d’immigrants différents, de la famille italienne au juif arménien, du jeune homme finlandais à la migrante syrienne – déjà – et tant d’autres. Partant de ces portraits, mounir fatmi leur dessine des racines. Ces racines qu’on arrache, et qui reviennent, complexifiées ; des racines végétales, dendritiques, sanguines parfois, transperçantes ; des racines qui vont d’un dessin à l’autre, qui s’embrassent et s’enlacent, comme Philémon et Baucis. Des racines d’échange et de partage. Des racines d’inclusion. De ces racines que l’on fait en marchant.

mounir fatmi, pour exprimer les multiples facettes de ses concepts et de ses visions, utilise volontiers le collage, notamment dans ses vidéos et ses photographies, et les superpositions. Dans la série The Island of Roots également, le collage lui permet de parler du passé comme du présent, des racines comme des branches, de la photographie et du dessin, des visages et du monde. Car comme l’écrit Jean-Marc Lachaud : « Les œuvres de collage et de montage mêlent la réalité concrète et le merveilleux, l’ici et l’ailleurs, le non-contemporain et l’actuel, l’identifiable et le bizarre. Elles tracent et détracent les contours de territoires inédits à fouiller. Elles bâtissent des passages éphémères au sein desquels des figures de l’inconnu restent à décrypter. Elles dépaysent, perturbent, déstabilisent et provoquent. » Émeuvent aussi – et c’est là encore l’une des beautés rémanente du travail de fatmi : l’émotion qu’il génère. Une (é)motion au sens propre du terme : mise en mouvement de celui qui regarde, forte, profonde, inéluctable et productive de sens.

Et l’artiste, selon ses propres termes, « Confronté à cette machine de l’histoire qui se répète inlassablement » voit « les racines et leur liberté de pousser d’une manière aléatoire, sauvage et libre. »

Barbara Polla, mars 2017

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Drawing Now 2017 : Le Piège Esthétique

Pour Drawing Now 2017, Analix Forever est au Carreau du Temple jusqu’au Dimanche 28 Mars, et présente Le piège esthétique avec des dessins de mounir fatmi (focus), Maro MICHALAKAKOS & Alexandre D’HUY.

 

LE PIÈGE ESTHETIQUE

Les dessins de mounir fatmi, s’ils restent encore relativement confidentiels, sont fondateurs. Car si l’artiste est connu et largement reconnu pour ses grandes installations, ses sculptures, ses vidéos et ses photographies, il dessine depuis toujours (certains dessins datent de 1995 !). Et non seulement il dessine depuis toujours, mais ses dessins nous parlent tous des thèmes fondamentaux de l’artiste : les ciseaux, la coupure, celle du cordon ombilical, de la langue et du langage ; l’amputation, la rupture culturelle, la nécessité de refaire lien pour survivre ; la greffe enfin, physique, corporelle, culturelle (La Jambe noire de l’Ange) ; les racines. Le dessin, intime et fragile (plusieurs séries de dessins de fatmi comportent d’ailleurs le mot Fragile dans leur titre) : comme un fil rouge de la création. Le fil rouge ? Au propre et au figuré : la couleur rouge se retrouve dans les dessins les plus anciens. Puis le fil devient racine…

Les dessins de la série The Island of Roots, présentés à DRAWING NOW pour la première fois, dialoguent avec la sculpture éponyme et tentent de répondre à cette question philosophique transversale posée par l’artiste : jusqu’à quelle profondeur les racines s’enfoncent-elles ? Dans un moment de notre histoire où les notions d’identité et de frontières deviennent de plus en plus centrales, comment comprendre, partager, passer outre les enfermements culturels pour créer une transculturalité mature et créative ?

Le piège esthétique, lui, est partout dans les œuvres de mounir fatmi. L’esthétique est une nécessité pour l’artiste, elle répond à une volonté irréductible de donner une forme visible à ses questionnements existentiels et ses révoltes intérieures – et grâce à elle l’artiste capte notre attention, prise au piège. Mais l’esthétique qui nous prend dans le même temps dévoile le piège et nous permet d’y échapper : reste alors le sens de la beauté.

« En troublant la vue, les dessins de fatmi renvoient le spectateur à questionner sa propre histoire, ses peurs et ses désirs. » (adapté de Blaire Dessent, 2016).

Les dessins et aquarelles de Maro Michalakakos sont d’une grande délicatesse, d’une séduisante sophistication, d’un attrait irrésistible. Pris au piège de la beauté des oiseaux dépeints par l’artiste grecque, et du désir d’envol qu’ils transmettent, le spectateur s’approche et réalise alors seulement que derrière la beauté, ou devant elle, se cachent et se révèlent des enjeux bien plus inquiétants. Les oiseaux de Michalakakos sont « pris » dans leur propre cou, qui s’enroule autour de leurs pattes et, mutants et hybrides, mi serpents mi insectes, ils semblent sortir d’un livre d’ornithologie futuriste – ou quand les oiseaux ne sauront plus voler. Allégorie de nos propres enfermements, de nos propres empêchements à nous envoler de nos cages, les oiseaux de Michalakakos furent l’emblème, début 2016, de l’exposition de Çelenk Bafra & Paolo Colombo à Istanbul Modern, intitulée « Till it’s gone ». Till it’s gone, vous êtes invités à pénétrer le monde de Michalakakos, un monde d’une Violente beauté (du titre de l’un des catalogues de l’artiste), peuplé de rêves souvent cruels, de fées dont on peut craindre qu’elles soient maléfiques, d’objets qui mettent en scène des énigmes sexuelles et politiques, et, selon Paolo Colombo, un monde en forme d’« archive mythologique d’animaux, souvent des oiseaux, qui semblent s’accoupler entre espèces et deviennent ainsi les chimères de notre temps. »

Les très fascinants dessins d’Alexandre d’Huy déclinent un univers guerrier réduit à sa plus simple expression ou presque. Plus on s’approche, plus l’illusion grandit. A distance, l’œil nous informe que ce sont des avions de chasse, des cibles, des hélicoptères de l’armée. L’artiste part de l’universalité (la guerre) pour rejoindre la singularité (l’obsession de la série). On trouve chez d’Huy quelques vues dessinées de la guerre moderne, par exemple ces captures d’écran montrant des bombardements guidés au laser, position GPS. À l’ère des drones, ces figures se signalent par un excès de proximité : une question de rapport de forces où le matériel compte plus que l’humain, une affaire de maîtrise technologique. On ne parle plus de vies humaines mais de cibles. La guerre ressemble à un jeu vidéo. Alexandre d’Huy « vedutiste » ( … ) nous séduit par sa composition d’images, par son organicité et au même temps nous fait sentir mal à l’aise vis-à-vis du sentiment de plaisir que ses dessins d’explosions guerriers déclenchent en nous.

mounir fatmi, Maro Michalakakos et Alexandre D’Huy trouvent dans l’esthétique une réponse  à l’absurde du monde, après Albert Camus selon qui « L’absurde naît de la confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde » (Mythe de Sisyphe )  et « le monde absurde ne reçoit qu’une justification esthétique. » (Albert Camus, Carnets II).

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Conversations en chemin avec Pavlos Nikolakopoulos

Paréidolie, un nom étrangement complexe, certes, mais il est  l’appel d’un événement magnifique au château de Servières, à Marseille.. Pareidolie, un mot empli de voyelles et difficile me direz vous à retenir et surtout à expliquer.. Pour apaiser nos  inquiétudes, je citerai que L’identification de visages dans les nuages est un exemple classique de paréidolie.

Paréidolie est donc le nom ô combien savant du Salon du Dessin Contemporain de Marseille. Le mois d’ Août s’échappe doucement.. la chaleur demeure toujours cette sorte de pâte épaisse qui alourdit l’air.. les éventails, mi masques de festival, mi accessoires improvisant un semblant de courant d’air, ondulent devant les visages. L’humeur est joyeuse ce matin là, une joie particulière qui se dandine au creux des espaces des galeries sélectionnées pour l’évènement.

Je sais que je vais découvrir de nouvelles oeuvres. Je suis surtout attentive à arpenter calmement les lieux.. retenir mon souffle aussi pour mieux accueillir les émotions qui, inévitablement,se faufileront ici et là.. je retrouve ” mes ” galeries, celles qui dévoilent toujours des oeuvres sur papier qui, très vite, établiront une réelle complicité avec moi..
Je retrouve aussi les habitués, les visiteurs toujours fidèles à cet événement de la fin de été. Les visages sont légèrement tapissés d’un voile ”  bonne mine ”  subtil et flatteur dérobé à l’éclat des mois écoulés..

Je m’approche de la Galerie Analix Forever. (…)

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Je savais déjà que la sélection de ses artistes se glisserait directement dans les tiroirs de mes préférences, ma ” préférence ” étant ce je ne sais quoi qui, sans préavis aucun, active une sorte de fil électrique invisible entre l’œuvre et moi.. foudroyée !
Une zébrure émotionnelle m’installe  devant une œuvre, m’immobilise.  J’enfouis mon regard au plus profond des strates du dessin, de l’épaisseur du trait, de l’harmonie des mines de couleur.. puiser dans l’invisible de mon être ce que le trait a glissé..  peut être une révélation ? je ne sais.. mais un dialogue, prolongement de ma pensée – ou plutôt de mon désir – s’impose et je ne peux, en aucune façon, abandonner ce dessin si particulièrement relié aux cimaises par ses pinces noires.

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Ce dessin, disons alors ” mon dessin “, me parle d’équilibre, cette droite oblique – rouge et noire –  qui est depuis longtemps ma position sur cette planète.. mon échelle d’intention.. gravir et, quelquefois aussi, glisser un peu, reculer mais toujours lutter pour avancer.. L’œuvre est sans surcharge, débarrassée des encombrants.. Elle est magistrale dans son élégante dignité de dépouillement. Elle est l’oeuvre de Pavlos Nikolakopoulos, de la  Grèce. Le blanc.
Dans un coin, noires et discrètes, quelques marches.. gravir encore, même à l’écart.

Retrouvez l’article, ici.

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Alexandre D’HUY – IMPACT

Première exposition en Suisse

Vernissage le 20 janvier à 18h

Analix Forever & Garage du Cirque – Merci à Süleyman Bahsi
Portes ouvertes à la carrosserie tout le week end
2-4 rue de Hesse, Genève

Le jour où vous entrerez dans l’atelier d’Alexandre D’Huy, à Montreuil, vous ressentirez le froid, même si c’est l’été : le froid de la neige des paysages cartographiés par l’artiste, le froid du métal, le froid des blindés qu’éclaire parfois un froid rayon de lumière. Même le jaune est froid ici.
Un froid qui s’insinuera entre vos omoplates et qui restera là, pendant que vous regarderez la matière peinture, pendant que vous respirerez l’odeur peinture, pendant que vibrera devant vous la couleur peinture. Et petit à petit, vous entendrez les sons : les moteurs, les cliquetis métalliques, les résonances et les échos qui s’entrechoquent à l’intérieur des blindés, le crissement des pneus sur la neige ou le sable, le roulement des chenilles. Et l’espace extérieur à l’atelier et Montreuil tout entier disparaitront dans une brume qui vient d’ailleurs, de la guerre froide, d’un monde impénétrable.
Alexandre D’Huy est aussi déterminé que peut l’être la guerre. Il ne parle pas de sa peinture, il peint. Aucun artifice, aucun simulacre, aucune élaboration, auto-critique, aucun discours conceptuel ni théorique ne troublera votre regard. L’œuvre est là par nécessité. Elle est une évidence. Voilà un peintre à qui nul n’est besoin de demander « Pourquoi la peinture ? » tant est puissante l’adéquation entre le sujet et la palette. Non pas qu’Alexandre D’Huy n’ait rien à dire de son travail – mais l’œuvre prime sur le discours. C’est l’œuvre elle même qui tient le discours dont le spectateur a besoin pour la pénétrer.

Extrait de Le peintre qui venait du froid, par Barbara Polla

Plus on s’approche, plus l’illusion grandit. A distance, l’oeil nous informe que ce sont des chars, des blindés, des avions de chasse, des cibles, des hélicoptères de l’armée. Mais notre corps entier semble pris d’une hallucination et les engins de guerre deviennent bientôt une faune de sangliers, de buffles, d’insectes difformes, d’yeux de cobra, de requins volants. Plus on s’approche des tableaux, plus la peinture est épaisse. Elle forme comme une crevasse. On se demande furtivement si ces tableaux ont été élaborés avec le matériel qu’on trouve dans l’atelier d’un peintre ou si le point de départ ne serait pas plutôt une peau de crocodile qu’on découperait à mesure qu’il faudrait peindre.

Ce monde est celui d’Alexandre d’Huy. Avant d’entrer dans la matière, il est préférable de respirer un grand coup. Les recherches sous nos yeux peuvent s’apparenter à un voyage au bout de l’enfer. Une chose est sûre: l’art ici ne sauve pas du monde. La peinture observe méthodiquement la guerre et ses moyens. Plutôt que s’indigner, il est question de déchiffrer une réalité autonome, de la métamorphoser en lui donnant une perspective autre que celle de l’information en boucle. Parler de la guerre est trop facile. La mort est sur tous les canaux. Abreuvé d’images de destruction, l’homme semble avoir été définitivement chassé du paradis. Le peintre part de l’universalité (la guerre) pour rejoindre la singularité (l’obsession de la série).

Extrait de Les métamorphoses de la guerre,
par Jean-Philippe Rossignol

 

Pendant la durée de l’exposition IMPACT, retrouvez Fighters de Dana Hoey en VIDEO STREET ART au 2 rue de Hesse, Genève.

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